Saint Benoît de Nursie-RELICS

Saint Benoît de Nursie

Saint Benoît de Nursie, père du monachisme occidental

Saint Benoît de Nursie occupe une place singulière dans l’histoire spirituelle de l’Europe. Il n’est pas seulement un saint parmi d’autres, ni un fondateur dont l’œuvre aurait connu une floraison passagère avant de s’éteindre. Il est, d’une certaine manière, l’un des grands architectes invisibles de l’Occident chrétien. Par une intuition à la fois simple et géniale, il a donné au monachisme une forme durable, équilibrée, capable de traverser les siècles sans se dissoudre. La force de Benoît ne tient pas à des discours spectaculaires, ni à une doctrine originale au sens théorique du terme, mais à une sagesse incarnée, attentive à l’homme réel, à ses limites et à ses élans, à sa fatigue et à sa soif de Dieu. Il faut se garder de réduire saint Benoît à une image pieuse figée, celle d’un moine isolé tenant un livre, comme si sa vie n’avait concerné que les cloîtres. L’héritage bénédictin a irradié bien au-delà des monastères. Il a façonné une manière de prier, une manière d’habiter le temps, une certaine dignité accordée au travail, une conception de la communauté, un art de gouverner les âmes sans les écraser. Au cœur du tumulte des temps, Benoît a posé les fondations d’un ordre intérieur qui, en se propageant, a contribué à restaurer des sociétés fragilisées. Comprendre Benoît, c’est comprendre comment une vie cachée peut devenir une force de civilisation.

relique de saint Benoît de Nursie

relique de saint Benoît de Nursie sur relics.es

 

Le monde de Benoît et l’appel du désert

Une époque de rupture

Benoît naît vers 480, à Nursie, en Ombrie, dans une Italie qui n’est plus l’Italie romaine d’hier. L’Empire d’Occident s’est effondré, les structures politiques ont basculé, les équilibres sociaux se sont défaits. Même si la culture romaine demeure présente, l’époque est marquée par une impression de fin de monde, non pas seulement au sens dramatique, mais au sens de la fin d’un monde ancien dont les repères s’écroulent. Les routes sont moins sûres, l’autorité se fragmente, les villes se dépeuplent, les fortunes se déplacent, et la violence n’est jamais loin. Dans ce contexte, le christianisme s’affirme comme une force de cohésion et de sens. Cependant, la foi elle-même traverse des tensions, des conflits doctrinaux, des rivalités d’influence. La vie chrétienne, devenue largement majoritaire, n’a plus le visage d’une minorité persécutée, et cette normalisation pose une question spirituelle décisive : comment vivre l’Évangile avec radicalité dans un monde chrétien, sans chercher l’héroïsme vain, mais sans se contenter d’une médiocrité confortable ? Le monachisme, né en Orient, avait déjà proposé une réponse par le retrait, l’ascèse, la solitude et la prière. Mais il fallait encore trouver une forme adaptée à l’Occident.

Le départ de Rome

Jeune homme, Benoît est envoyé à Rome pour y recevoir une formation classique. Rome, cependant, n’est plus la Rome triomphante ; elle est une capitale en déclin, encore splendide par ses monuments, mais traversée par la corruption, les intrigues, les excès d’une jeunesse que la fragilité des temps rend parfois cynique. La tradition rapporte que Benoît, choqué par ce qu’il observe, se détourne de cette vie et choisit une autre voie. Ce choix ne doit pas être compris comme un simple dégoût moraliste. Il est plus profond. Benoît perçoit que le cœur humain, livré à lui-même, se disperse. Il pressent qu’une vie sans centre, sans discipline intérieure, finit par détruire l’homme. Le premier acte décisif de Benoît est donc un retrait. Il quitte Rome, non par haine de la cité, mais pour sauver son âme. Il n’emporte pas une idéologie contre le monde. Il cherche un lieu où l’homme peut redevenir unifié, où l’écoute de Dieu redevient possible. La tradition situe un premier séjour à Enfide, puis un retrait plus radical encore : la solitude de Subiaco.

Subiaco, l’école du silence et de la lutte intérieure

La grotte et le combat spirituel

À Subiaco, Benoît vit comme ermite, retiré dans une grotte. Cette image, si elle est devenue emblématique, ne doit pas être romantisée. L’ermitage n’est pas une parenthèse poétique ; c’est une mise à nu. Dans la solitude, l’homme ne peut plus se distraire de lui-même. Tout ce qu’il est, tout ce qu’il fuit, tout ce qu’il désire, remonte à la surface. La tradition hagiographique évoque des combats spirituels intenses, et il est vraisemblable que Benoît ait connu, comme tous ceux qui cherchent Dieu de manière sérieuse, une période de grande purification intérieure. Cette expérience est déterminante pour comprendre la suite. Benoît ne construira pas une règle abstraite issue d’une spéculation. Il bâtira une pédagogie née de la vie. Il aura appris sur lui-même ce que la solitude révèle : la fragilité du cœur, la force des passions, l’orgueil qui peut se cacher dans la volonté de perfection, la lassitude qui guette même les meilleurs. Cette connaissance concrète de l’homme irrigue toute sa sagesse.

Le rayonnement involontaire

Progressivement, Benoît attire des disciples. C’est un trait presque constant dans l’histoire spirituelle : celui qui cherche Dieu sans vouloir influencer devient, par la qualité de sa vie, un point d’attraction. Benoît fonde alors plusieurs petites communautés autour de Subiaco. On raconte qu’il fut même appelé à diriger un groupe de moines, mais que l’expérience tourna mal, tant la résistance à une discipline vraie peut être violente. Ces épisodes, qu’on les lise comme faits précis ou comme figures symboliques, révèlent une réalité : gouverner des âmes n’est pas imposer une dureté, mais aider des hommes réels à grandir, parfois contre leur inertie, parfois contre leurs illusions. C’est à Subiaco que se dessine peu à peu l’intuition bénédictine : une vie communautaire ordonnée, qui ne soit ni anarchique ni tyrannique, une ascèse mesurée, une prière régulière, un cadre stable. Il manquait encore le lieu et la forme définitive. Ce sera le Mont-Cassin.

Le Mont-Cassin, naissance d’un modèle durable

Un monastère au carrefour du monde

Vers 529, Benoît s’établit au Mont-Cassin, sur une hauteur stratégique entre Rome et Naples. Le lieu n’est pas une fuite dans un désert inaccessible : il est visible, situé, presque symbolique. Le monastère bénédictin n’a pas vocation à être un refuge clandestin ; il est une lampe sur la montagne, non par orgueil, mais par la stabilité d’une vie offerte à Dieu. Le Mont-Cassin devient le laboratoire d’une forme de vie qui se stabilise. Benoît y organise la communauté, fixe des rythmes, définit des responsabilités. C’est là qu’il rédige la Règle, ce texte relativement bref qui deviendra l’un des écrits les plus influents de l’histoire européenne. On a souvent résumé la Règle par la formule « Ora et labora », prière et travail, mais l’esprit bénédictin est plus large : il s’agit d’une vision unifiée de l’existence, où tout est ordonné vers Dieu, sans mépris du corps, sans exaltation de l’exploit.

La Règle, une sagesse de la mesure

La Règle de saint Benoît frappe d’abord par sa modération. Benoît refuse la fascination pour les mortifications spectaculaires. Il se méfie de l’ascèse qui nourrit l’orgueil. Il sait que le temps long est le grand juge de la spiritualité. Une règle qui ne peut être vécue que par des héros n’est pas une règle pour une communauté durable. Au contraire, Benoît propose un chemin praticable, exigeant sans être inhumain, ferme sans être écrasant. La Règle organise la journée autour de la prière liturgique, de la lecture et du travail. La prière n’est pas une simple émotion ; elle est une fidélité. Les offices reviennent, structurent le temps, transforment la journée en offrande. La lecture, notamment l’Écriture, n’est pas une curiosité intellectuelle ; elle nourrit l’âme, forme le jugement, unifie l’esprit. Le travail, enfin, n’est pas un appendice utilitaire. Il devient un lieu d’obéissance, d’humilité et de service. La main et l’esprit ne sont pas séparés ; la vie bénédictine refuse la fracture entre contemplation et réalité.

L’obéissance bénédictine, une liberté apprivoisée

Écouter avant d’agir

Dans la pensée de saint Benoît, l’obéissance constitue l’un des axes fondamentaux de la vie monastique, mais elle est soigneusement dégagée de toute compréhension réductrice ou autoritaire. Le terme même d’obéissance, issu du latin oboedire, signifie d’abord « prêter l’oreille », « se rendre attentif ». Avant d’être un acte extérieur, l’obéissance est donc une attitude intérieure, une disposition de l’âme à accueillir une parole qui ne vient pas d’elle-même. Cette primauté de l’écoute éclaire toute la spiritualité bénédictine, dont le premier mot de la Règle est précisément un appel à écouter. Pour Benoît, l’obéissance n’a rien d’une négation de la personne. Elle vise au contraire à la libérer d’un enfermement subtil mais destructeur : celui de l’autosuffisance. L’homme livré à sa seule volonté finit par se disperser, prisonnier de ses impulsions, de ses peurs et de ses désirs contradictoires. Dans la tradition monastique, l’orgueil n’est pas seulement un vice moral parmi d’autres ; il est une fracture intérieure. L’homme orgueilleux ne se rend plus disponible à ce qui le dépasse. Il ne reçoit plus, il s’impose à lui-même comme unique référence. L’obéissance bénédictine apparaît alors comme un exercice de recentrement. En acceptant de ne pas être l’origine exclusive de ses décisions, le moine apprend à sortir du soliloque intérieur. Il s’ouvre à une sagesse qui le précède, à une parole médiatisée par l’Écriture, par la Règle et par la communauté. Cette obéissance n’est pas aveugle, car elle s’inscrit dans un cadre rationnel et spirituel précis. Elle est orientée vers la communion, non vers l’effacement. Saint Benoît est parfaitement conscient des risques liés à toute forme d’autorité. Il ne sacralise jamais le pouvoir en tant que tel. C’est pourquoi la Règle encadre rigoureusement la fonction de l’abbé. Celui-ci n’est pas présenté comme un chef charismatique ou un gestionnaire efficace, mais comme un père spirituel chargé d’une responsabilité grave. Gouverner, dans la perspective bénédictine, signifie répondre devant Dieu du cheminement des âmes confiées. L’autorité devient ainsi un service exigeant, exposé, qui engage la conscience de celui qui l’exerce. Cette conception protège l’obéissance de toute dérive servile. Elle rappelle que l’autorité n’est légitime que si elle est ordonnée au bien spirituel de la communauté. L’abbé doit écouter à son tour, discerner, consulter, adapter. Il est tenu de connaître ses moines, leurs forces et leurs fragilités, et d’exercer un jugement qui conjugue fermeté et miséricorde. Ainsi, l’obéissance bénédictine n’écrase pas la liberté ; elle l’éduque, la purifie et l’oriente.

La communauté comme lieu de vérité

L’obéissance bénédictine ne peut être comprise en dehors du cadre communautaire. La vie monastique n’est pas une juxtaposition de trajectoires individuelles, mais une existence partagée, ordonnée à une recherche commune. Le monastère est conçu comme une école de charité, c’est-à-dire comme un lieu où l’amour ne se réduit pas à une intention abstraite, mais se vérifie dans les relations concrètes et quotidiennes. La communauté confronte chacun à une réalité incontournable : celle de l’autre. Les différences de tempérament, les lenteurs, les maladresses, les tensions inévitables mettent à l’épreuve les idéaux spirituels. C’est précisément là que l’obéissance prend tout son sens. Elle apprend à renoncer à l’illusion d’une perfection solitaire pour entrer dans une fidélité incarnée. Supporter les limites d’autrui sans mépris, accepter d’être corrigé sans se durcir, reconnaître ses torts sans mise en scène : autant d’exercices qui façonnent une humilité concrète. Le monastère devient ainsi un lieu de vérité, parfois éprouvant, mais profondément formateur. Il révèle ce que chacun est réellement, au-delà des images qu’il se fait de lui-même. Dans cette perspective, l’obéissance n’est pas un outil de contrôle, mais un moyen de pacification intérieure. Elle aide le moine à ne pas absolutiser ses réactions immédiates, à laisser du temps à la compréhension et au pardon. La stabilité, indissociable de l’obéissance bénédictine, renforce cette dynamique. Là où l’homme moderne est tenté de changer de lieu, de relation ou de cadre dès que surgit la difficulté, Benoît introduit une discipline de la persévérance. Rester, demeurer, traverser les épreuves sans fuite devient un acte spirituel majeur. La stabilité oblige à transformer les conflits en occasions de croissance, les désillusions en chemins de maturité. Dans ce cadre, l’obéissance apparaît comme une liberté apprivoisée, non une liberté supprimée. Elle délivre l’homme de la tyrannie de l’instant et de l’isolement intérieur. En s’inscrivant dans une communauté stable, sous une autorité conçue comme service, le moine découvre une liberté plus profonde, enracinée dans la vérité de ses limites et dans l’ouverture à l’autre. C’est cette sagesse exigeante et réaliste qui confère à l’obéissance bénédictine sa force durable et sa pertinence au-delà du cloître.

La stabilité, fidélité au lieu et fidélité à soi

Un vœu contre la fuite

Le vœu de stabilité est l’un des traits les plus originaux de la tradition bénédictine. Il ne s’agit pas simplement de rester dans un monastère pour des raisons administratives. Il s’agit d’un choix spirituel : renoncer à la tentation permanente de recommencer ailleurs, de croire que le salut se trouve toujours dans un autre décor. La fuite est un réflexe humain. Quand une relation devient difficile, quand une communauté révèle nos contradictions, quand la prière s’assèche, l’homme veut changer d’air. Benoît, au contraire, enseigne à « demeurer », non par inertie, mais pour transformer le quotidien en lieu de conversion. Cette stabilité est une école de maturité. Elle oblige à traverser les saisons intérieures, à accepter la lenteur, à reconnaître que la transformation du cœur prend du temps. Dans ce sens, elle est d’une modernité étonnante. Dans un monde dominé par l’instantané, Benoît réhabilite le temps long comme espace de guérison.

Le quotidien sanctifié

La sainteté bénédictine n’est pas une suite d’événements extraordinaires. Elle est une fidélité ordinaire. Elle se construit dans la répétition des offices, dans le travail accompli sans murmure, dans la parole mesurée, dans la correction reçue sans se raidir. Cette approche peut sembler humble, voire monotone, mais elle touche à un secret profond : l’homme n’est pas transformé par l’exceptionnel, mais par la persévérance. La grandeur de Benoît est d’avoir compris cela et de l’avoir inscrit dans une règle.

Le travail, une participation à l’œuvre créatrice

Réhabiliter l’activité humaine

Dans l’Antiquité, le travail manuel était souvent associé à une condition servile. Le monde romain valorisait l’otium des élites, la disponibilité pour les affaires publiques, la culture, la philosophie, tandis que l’effort physique était relégué aux esclaves ou aux classes inférieures. Le monachisme bénédictin, sans nier la noblesse de l’étude et de la contemplation, réhabilite le travail comme dimension constitutive de la vie humaine. Le moine travaille non seulement pour être autosuffisant, mais parce que le travail, vécu dans la foi, devient coopération à l’ordre voulu par Dieu. Cette intuition a eu des conséquences immenses. Les monastères ont défriché, cultivé, bâti, organisé, transmis des techniques. Mais l’essentiel est spirituel : en intégrant le travail à la quête de Dieu, Benoît refuse une religion qui méprise le monde concret. La matière, le corps, l’effort quotidien sont réintégrés dans un horizon de sens.

Une unité intérieure

Le travail, dans l’esprit bénédictin, ne doit pas devenir frénésie. Benoît n’est pas un prophète de la performance. Le travail est ajusté au rythme de la prière. Il s’inscrit dans la mesure. Il préserve l’âme de l’illusion, car celui qui travaille voit ses limites. Il apprend l’humilité, car la terre, l’outil, la tâche répétitive rappellent que l’homme n’est pas un pur esprit. Et en même temps, ce travail, offert, devient prière silencieuse. L’unité de la vie bénédictine est là : passer de l’oratoire à l’atelier sans se diviser.

La mort de Benoît et la fécondité d’une œuvre

Une fin à l’image de la vie

La tradition rapporte que Benoît meurt au Mont-Cassin, après avoir demandé qu’on le porte à l’oratoire, où il se tient debout, soutenu par ses frères, et remet son âme à Dieu. Qu’on lise ce récit comme un détail historique précis ou comme une mise en scène hagiographique, l’image est forte : Benoît meurt dans la prière, entouré de sa communauté. Sa mort est en continuité avec sa vie : une fidélité. Ce qui frappe, c’est que Benoît ne laisse pas une œuvre littéraire abondante. Sa Règle est le centre. Et pourtant, son influence est immense. Cela montre que l’histoire ne dépend pas seulement des discours, mais des formes de vie. Benoît a proposé une forme. Cette forme a porté du fruit, non par contrainte, mais par sa justesse.

Une matrice pour l’Europe

Après Benoît, le bénédictinisme se diffuse, devient une ossature du Moyen Âge. Les monastères bénédictins seront des foyers de prière, mais aussi de culture, de copie de manuscrits, de conservation des textes antiques et patristiques. Ils accueilleront les pauvres, structureront des territoires, formeront des esprits. Sans idéaliser, on peut dire que le monachisme bénédictin a contribué à maintenir une continuité là où l’histoire menaçait la fragmentation. La force de cette tradition réside dans son équilibre. Elle sait se réformer sans se renier. Elle sait traverser des crises sans perdre l’essentiel. À l’origine, il y a Benoît, non comme une figure autoritaire imposant une discipline froide, mais comme un père spirituel qui a compris que la sainteté, pour être durable, doit être humaine, et que l’homme, pour être pleinement humain, doit être orienté vers Dieu.

Les reliques de saint Benoît : circulation, conservation et mémoire historique

La sépulture originelle et les premières translations

Après la mort de saint Benoît de Nursie, survenue vers 547 au Mont-Cassin, sa sépulture devint immédiatement un lieu de mémoire pour les premières communautés bénédictines. Selon la tradition ancienne, Benoît fut enseveli dans le monastère même qu’il avait fondé, à proximité de sa sœur sainte Scholastique, avec laquelle il partagea une destinée spirituelle étroitement liée. Le Mont-Cassin s’imposa ainsi comme le premier lieu de vénération associé au fondateur du monachisme occidental. Au cours des siècles suivants, le contexte politique et militaire de l’Italie centrale exposa à plusieurs reprises le monastère à des destructions et à des abandons temporaires. Ces périodes d’insécurité favorisèrent, comme ailleurs en Europe, le recours à des translations de reliques, destinées à préserver les dépouilles des saints et à assurer la continuité de leur culte. C’est dans ce cadre que les sources médiévales situent, au VIIe siècle, une translation majeure des reliques de saint Benoît vers la Gaule. L’abbaye de Fleury-sur-Loire, fondée peu auparavant et appelée plus tard abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, reçut alors la dépouille du saint. Cette translation, largement attestée par la tradition monastique et liturgique, inscrivit durablement Fleury comme l’un des principaux centres bénédictins d’Occident. La présence des reliques conféra au monastère un prestige spirituel considérable et contribua à son essor intellectuel, économique et politique au cours du haut Moyen Âge.

Les grands centres de conservation des reliques bénédictines

À partir de leur installation à Fleury, les reliques de saint Benoît furent l’objet d’une vénération continue. L’abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire devint l’un des grands lieux de pèlerinage de la chrétienté médiévale. Des souverains mérovingiens, carolingiens et capétiens s’y rendirent, affirmant par leur présence le lien entre pouvoir chrétien et héritage bénédictin. Fleury conserva pendant des siècles la mémoire matérielle du saint, à travers des reliquaires successifs et des aménagements liturgiques destinés à mettre en valeur la tombe vénérée. Parallèlement, le Mont-Cassin demeura un lieu fondamental de la mémoire bénédictine. Même après les destructions successives du monastère et les phases de reconstruction, la tradition du tombeau de saint Benoît continua d’y être honorée. Le Mont-Cassin conserva ainsi une dimension symbolique majeure, en tant que lieu de vie, de mort et de rédaction de la Règle. La coexistence de ces deux pôles, Fleury et le Mont-Cassin, reflète la diffusion géographique et spirituelle du bénédictinisme dès les premiers siècles. Au fil du temps, des reliques secondaires ou des fragments attribués à saint Benoît furent également conservés dans d’autres établissements monastiques et ecclésiastiques, notamment à Subiaco, lieu de sa première expérience érémitique, où la mémoire de son séjour fut entretenue par des sanctuaires et des objets de vénération. Rome elle-même conserva des reliques associées au saint, en particulier dans des basiliques et des monastères bénédictins liés à la diffusion de son culte. Dans l’espace germanique et alpin, certaines abbayes bénédictines, telles que celles de Reichenau, de Sankt Gallen ou de Metten, conservèrent également des reliques ou des objets de contact liés à saint Benoît, reçus à l’occasion de fondations, de donations ou de consécrations d’autels. Ces éléments, intégrés à la liturgie locale, participaient à l’inscription de l’ordre bénédictin dans les territoires récemment christianisés.

La fonction historique des reliques dans le monde bénédictin

Les reliques de saint Benoît ne furent jamais considérées comme de simples objets de dévotion isolés. Elles jouèrent un rôle structurant dans la construction de la mémoire bénédictine et dans l’affirmation de l’identité de l’ordre. À une époque où le bénédictinisme ne possédait pas de centre institutionnel unique, la référence au corps du fondateur constituait un point d’unité symbolique puissant, reliant entre elles des communautés dispersées à travers l’Europe. La présence des reliques favorisait également la production de textes hagiographiques, de chroniques et de récits de translation, qui contribuèrent à fixer l’image de saint Benoît comme patriarche du monachisme occidental. Ces récits, diffusés dans les scriptoria monastiques, renforçaient la conscience historique des communautés et inscrivaient leur vie quotidienne dans une continuité fondatrice. Sur le plan politique et social, les reliques jouèrent un rôle non négligeable. Leur conservation dans des abbayes prestigieuses attirait dons, privilèges et protections, permettant aux monastères de remplir leur mission spirituelle, éducative et caritative. Les pèlerinages associés aux reliques de saint Benoît participaient à la circulation des hommes, des idées et des pratiques religieuses à l’échelle européenne.

Actualité spirituelle de saint Benoît

Une réponse à la dispersion moderne

Aujourd’hui, saint Benoît parle encore, précisément parce que notre époque connaît une autre forme d’effondrement, plus intérieur que politique : la dispersion. L’homme moderne est sollicité sans cesse, happé par l’immédiat, pressé par l’urgence, tenté par l’instabilité permanente. L’esprit bénédictin, avec son sens du rythme, de la mesure, du silence, de la stabilité, apparaît comme une médecine. Il ne promet pas une vie sans lutte, mais une vie unifiée. Benoît rappelle que la liberté n’est pas de suivre toutes ses envies, mais de devenir capable de choisir le bien avec constance. Il rappelle que l’intelligence a besoin de nourriture, que l’âme a besoin de silence, que le corps a besoin d’un travail juste, que la communauté est un lieu de sanctification, non un simple décor social.

Un saint pour les cloîtres et pour le monde

Saint Benoît n’est pas réservé aux moines. Son intuition peut inspirer toute personne qui cherche une vie plus profonde. Il ne s’agit pas de copier un monastère chez soi, mais de comprendre ce que Benoît a mis au centre : un ordre intérieur, une écoute, une fidélité aux petites choses, un sens du temps sanctifié. Là où l’époque valorise le spectaculaire, Benoît enseigne le quotidien. Là où l’époque adore l’instant, il enseigne la durée. Là où l’époque confond la liberté avec l’absence de liens, il enseigne une liberté qui naît d’une discipline choisie. Au fond, saint Benoît demeure l’un des grands maîtres de l’équilibre chrétien. Il ne sépare pas prière et vie, âme et corps, solitude et communauté, autorité et service, travail et contemplation. Son génie a été de proposer une voie réaliste et exigeante, non pour quelques-uns, mais pour une communauté. Et c’est pourquoi son héritage continue, discrètement mais puissamment, à irriguer la mémoire et l’avenir de l’Occident chrétien.

 


 

"Vie de Saint Benoît" dans Acta Sanctorum, Volume II, Éditions de la Société des Bollandistes, 1865. 
"Saint Benoît de Nursie : La Règle et l'Héritage Monastique" par Jean-Pierre Thiollet. Éditions du Cerf, 2004.
"Saint Benoît : Fondateur des Bénédictins" dans La Vie des Saints par Alban Butler. Éditions de la Société des Bollandistes, 1756. En ligne (consulté le 24 août 2024).
"Saint Benoît de Nursie et la Règle Bénédictine" dans Les Moines de l'Occident par Dom Jean-Baptiste de La Croix. Éditions Gallimard, 2011.
"La Règle de Saint Benoît et Son Influence" dans Revue des Études Monastiques, Volume 15, 1928. Éditions A. Colin, 1928.
"Les Reliques de Saint Benoît : Histoire et Vénération" sur Catholic Online 
"Saint Benoît et les Développements de l'Ordre Bénédictin" dans Les Archives des Saints, Éditions du Seuil, 1988.

 

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2 commentaires

Hola mi nombre es Sandra estoy tratando de conseguir una reliquia de san Benito es mi santo que elegido y es que san Benito intercedió por mí y hizo el milagro.

Sandra Martinez

I am trying to find a relic of St. Benedict. I am a Custom Rosary Maker. Al one of a kind Rosaries. I made a healing Rosary just before the pandemic hit. I was woken from my sleep to make this beautiful colored Rosary. Each color representing a particular Saint. God willing I would have been able to to each place where the Saint was buried and just touch the Rosary to the tomb. But not only did pandemic hit, I was disabled 5 years ago as well. Unfortunately with me not being able to work. I don’t have a lot of money, but if you could help me to get a St. Benedict Relic, I would be very grateful.
Thank You
Tony B.

Tony Benoit

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